Reginald Boulos : « Le gouvernement est responsable de l’appauvrissement de la majorité de la population »

« Sans le vouloir, peut-être, le gouvernement a posé des actions entraînant systématiquement l’appauvrissement d’innombrables personnes », a affirmé l’homme d’affaires, Réginald Boulos, dans une interview accordée, jeudi 11 février, à radio Magik 9. Pour étayer son affirmation, il s’est appuyé sur la réduction du pouvoir d’achat des gens les plus vulnérables provoquée par une inflation d’environ 20% et les pertes enregistrées dans les transactions de change puisque le taux de référence de la Banque de la République d’Haïti (BRH) se révèle le plus faible de tous les autres taux pratiqués sur le marché.  « Entre décembre 2019 et décembre 2020, l’inflation que subissent les personnes les plus pauvres oscille entre  40% et 45% », a-t- il soutenu, soulignant que les plus pauvres ont perdu 70% de leur pouvoir d’achat.

Pour l’homme d’affaires, le gouvernement est le principal responsable de la détérioration des conditions de vie dans le pays. M  Boulos a attiré l’attention sur le niveau du déficit budgétaire pour cet exercice. « Le financement monétaire, au 25 février, s’est chiffré à 35 milliards de gourdes, soit près de 76% de la totalité du financement réalisé l’année dernière. Si nous continuons à ce rythme, le financement atteindra la barre de 75 milliards de gourdes », a indiqué Reginald Boulos.

Plus loin, l’entrepreneur a fait comprendre que ce financement monétaire ne reflète pas la totalité du déficit budgétaire qui résulte d’une diminution des recettes, des revenus de l’Etat. « L’Etat communique des informations sur le financement de la Banque de la République d’Haïti (BRH) mais il ne le fait pas pour les bons du Trésor. L’Etat contracte des prêts auprès des banques commerciales à travers les bons du Trésor », a ajouté l’homme d’affaires, soulignant que la contrebande gérée par les grands manitous et la corruption constituent l’une des raisons de la diminution des recettes de l’Etat.

Avec le financement monétaire du déficit budgétaire, la masse de gourdes en circulation dans l’économie ne fait qu’augmenter. Disposant de plus de gourdes, les gens vont acheter du dollar. Pour faire baisser la pression sur le dollar, la BRH a procédé à des opérations d’Open Market. « Sur les 12 derniers mois, la réserve nette de change est passée de 760 millions de dollars américains à 478 millions de dollars au 18 février. Pour l’instant, la réserve nette de change peut-être réduite à 450 millions de dollars, ce qui représente à peine deux mois d’importation », déplore Réginald Boulos.

En analysant l’évolution du marché pétrolier, l’homme d’affaires prévoit des jours sombres pour ce gouvernement. « La réserve nette de changes diminue au moment où la facture pétrolière connait des augmentations. Le pétrole a augmenté de 50% au cours de ces derniers mois. Ce gouvernement souffre d’un déficit de crédit aux yeux de la population ne sera pas en mesure d’augmenter les prix à la pompe. Il va se trouver dans l’obligation de subventionner les produits pétroliers pour garder les prix à la pompe inchangés », a indiqué M. Boulos.

Au cours de cette interview, Réginald Boulos a émis son avis sur les dépenses de l’administration actuelle engagées dans le secteur de l’énergie. « Les dépenses d’électrification ne tiennent pas compte de l’électrification rurale, a soutenu M. Boulos. Ce sont les grandes villes qui sont prises en compte. Le projet d’électrification ne s’inscrit pas dans une dynamique de développement.  L’électrification devrait faire partie d’un projet intégré qui englobe des infrastrures routières, hospitalières, scolaires… »

Gérard Junior Jeanty
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