L’un des hommes riches d’Haïti nie tout lien avec le complot d’assassinat de Moïse

Par Jim Wyss

Reginald Boulos affirme qu’il subit l’attaque de ses adversaires politiques alors que des questions tournent autour de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse.

Il y a quelques semaines à peine, Reginald Boulos, un éminent homme d’affaires haïtien, préparait sa première course à la présidence dans l’une des nations les plus chaotiques et les plus troublées de l’hémisphère.

Ces plans ont pratiquement pris fin le 7 juillet avec le meurtre brutal du Président Jovenel Moïse et les allégations ultérieures selon lesquelles Boulos, âgé de 65 ans, pourrait avoir aidé à financer le premier assassinat d’un président du pays depuis un siècle.

S’exprimant depuis un lieu non divulgué à l’extérieur d’Haïti, Boulos a déclaré que les accusations et les rumeurs l’empêchent de rentrer chez lui et semblent être destinées à le mettre sur la touche sur le plan politique.

Il a déclaré lors d’un entretien par téléphone, le jeudi : « Je n’ai rien, absolument rien à voir avec la mort de Jovenel. Personne n’aurait pu imaginer que cela arriverait sauf les personnes qui l’avaient planifié, financé et fait. »

L’enquête sur la mort de Moïse se poursuit et plus de 40 personnes sont en détention. Mais le Premier Ministre Ariel Henry et d’autres hauts fonctionnaires affirment que les véritables cerveaux criminels sont toujours en liberté. Et ils ont insinué que seulement quelques riches haïtiens, dont Boulos, ont les ressources financières qui a impliqué l’embauche de plus d’une douzaine d’anciens soldats colombiens.

La veuve de Moïse, Martine, a déclaré au New York Times que Boulos avait beaucoup à gagner de la mort de son mari, citant ses aspirations présidentielles, ses problèmes juridiques en cours et la décision du gouvernent de geler ses comptes bancaires.

Boulos affirme qu’il ne connaît aucune de ses personnes qui ont été arrêtées ou qui sont recherchées et qu’il n’a jamais « fourni de fonds directement ou indirectement » à aucune d’entre elles.

Les comptes bancaires gelés, que Martine a mentionné, contenaient environ 30 000 dollars, une somme modeste comparée aux 18 millions de dollars qu’il affirme que lui et ses entreprises versent, en moyenne, sous forme de taxes au gouvernement haïtien, chaque année.

En ce qui a trait à ses aspirations présidentielles, Boulos affirme que la mort de Moïse a altéré ses chances.

Il a déclaré : « Les fausses accusations ont porté atteinte à ma réputation dans le pays. Contrairement à ce que les gens disent, je n’ai absolument rien à gagner de ce meurtre. »

 

Théâtre Politique

Boulos a travaillé en tant que médecin dans le bidonville de Cité Soleil pendant 14 ans avant d’ouvrir son premier magasin de proximité, en 1997. Maintenant, le Boulos Investment Group possède une chaîne de supermarchés, de concessions d’automobiles et des biens immobiliers.

En 2018, il a formé le parti politique MTVAyiti et a rejoint les voix de l’opposition appelant Moïse, âgé de 53 ans, à se retirer. Mais il a déclaré que renverser – et encore moins tuer – Moïse n’a jamais été évoqué dans ses cercles politiques.

Il insiste : « Notre combat était un combat démocratique. Nous travaillons en vue de mettre sur pied un parti robuste, et en moins de deux ans, nous avions rassemblé 33 000 membres du parti et nous étions en train de nous préparer à nous présenter à une élection libre et équitable. »

Selon Boulos, le gouvernement l’a reconnu comme une menace politique et a tenté de l’affaiblir devant les tribunaux. Il a déclaré : « Et maintenant, ils inventent des accusations fallacieuses pour me faire fuir. »

Les médiaux locaux déclarent que Boulos est un billionnaire, une étiquette qu’il nie. Il a déclaré : « Je suis aisé mais je ne suis pas aussi riche », se décrivant comme un « millionnaire » qui ne fait même pas partie des 50 personnes les plus riches du pays.

 

Malgré cela, ses richesses sont visibles en Haïti – la nation la plus pauvre et la plus inégalitaire de l’Hémisphère occidental. Près de 60% des Haïtiens vivent sous le seuil de la pauvreté et les 20% les plus riches contrôlent plus de 64% des richesses de la nation, d’après la Banque Mondiale.

Cette division absolue engendre une animosité de classe que Moïse a exploitée en dénonçant les « oligarques » et les « élites. » Boulos admet que l’inégalité en Haïti est un problème sérieux et que les riches sans scrupules de la nation font partie du problème.

Il a déclaré : L’élite des riches veut faire de l’argent mais ne veut pas payer les impôts et vivent de la contrebande et de la corruption – et ensuite, s’en va dépenser cet argent, à Miami. Mais c’est au niveau de la politique que les corrompus peuvent « dormir pauvre et se réveiller riche. »

Reginald Boulos lève le poing alors que les manifestants haïtiens défilent dans les rues de Port-au-Prince, le 28 Février 2021. Photographe: Reginald Louissaint Jr./AFP/Getty Images

Il a dit : « Nous avons vu que président après président, citant un rapport de la haute cour d’Haïti en 2020, que les gouvernements successifs de 2008 à 2016 avaient frauduleusement détourné plus de 2 millions de dollars d’aide du programme de carburant subventionné PetroCaribe du Venezuela. »

Il ajoute : « Ce n’est pas un péché d’être riche. C’est un péché d’empêcher les gens de devenir riches. »

Boulos affirme qu’il a laissé Haïti, le 25 juin, pour un voyage d’affaires aux États-Unis et qu’il avait prévu de revenir le 9 juillet quand il a appris le meurtre de Moïse.

Il a déclaré : « Je ne suis pas retourné en Haïti depuis. Avec toutes les allégations qui ont été diffusées à mon égard et la Première Dame qui me pointe du doigt, j’ai peur pour ma sécurité en Haïti. »

D’autres partagent les préoccupations de Boulos. Les enquêteurs haïtiens ont dit aux médiaux locaux et internationaux qu’ils s’étaient cachés après avoir reçu les menaces de mort et qu’ils subissaient des pressions en vue d’inclure Boulos ainsi que d’autres suspects potentiels dans l’affaire.

Boulos a déclaré que l’unique chance de retrouver les assassins de Moïse et les commanditaires est de garantir l’indépendance de l’enquête en la confiant à la communauté internationale. Actuellement, bien que les autorités américaines et colombiennes apportent leur aide, l’affaire est dirigée par les fonctionnaires haïtiens.

« L’enquête a été bâclée » Boulos a déclaré, faisant référence à l’apparente ingérence politique dans l’affaire. « Je veux que la vérité éclate. »


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